"Alors comme ça tu vas voir le fils de Jean-Michel en concert?"
Je ne serai jamais photographe
Le concert, donc. Ou l'un des concerts qui m'ont le plus marquée dirons-nous plutôt. Bon. Je ne bosse pas pour Rock & Folk et n'ai pas le talent d'une chroniqueuse, ce n'est donc pas mon intention ici de vous balancer une critique musicale ou un compte-rendu de la qualité live d'un artiste – si vous saviez d'ailleurs le temps qu'il m'a fallu pour écrire les paragraphes suivants, rien que d'y penser j'en vois Philippe Manoeuvre qui pleure derrière ses lunettes noires.
J'ai eu beau tourner et retourner mes souvenirs flous du moment, je ne vois vraiment qu'un seul commentaire qui vale la peine d'être mentionné en guise de résumé: "Comment une seule personne derrière deux ou trois machines et passant la plupart du temps les yeux fixés sur un ordinateur et à tripatouiller des boutons auxquels je ne comprends rien puisse produire une musique aussi vivante et un spectacle aussi fascinant ?" Certes, il chante et joue du clavier en live mais tout de même; il n'y avait que lui sur scène et ça, c'est une première pour moi.
Pour être honnête je reste encore soufflée par l'enthousiasme et l'émotion ressentis sur une musique finalement assez dénuée de références directes à mes goûts et mon "éducation musicale" d'origine. Et ce malgré mes pulsions de grognasse agoraphobe m'intimant de mordre au visage tous les membres du public autour de moi, ces andouilles ayant le chic pour m'empêcher de profiter pleinement du concert avec leurs discussions, roulages de joints et aller-retours intempestifs entre le devant de la scène, la buvette et les chiottes.
Au delà de la musique même et au delà du plaisir de danser, je crois que j'aurais passé la nuit entière à écouter et observer le déroulement du concert, à essayer justement de comprendre cette musique, les actions visibles du musicien sur la scène et son approche générale. Je ne parle pas d'analyse sur-intellectuelle mais du ressenti et d'une sincère curiosité face au processus créatif et à la production live; je ne suis pas musicienne moi-même mais j'ai toujours adoré observer des musiciens en action et essayer de percevoir au mieux leurs gestes, leurs perceptions et leur parcours interne ou musical au travers d'une chanson ou d'une improvisation. Détail honteux qui fait cependant tâche: quand tu es absolument convaincue que le dude chante au moins deux chansons en français et que tu crois même en comprendre les paroles avant de rentrer chez toi, rechercher lesdites chansons et te rendre finalement compte qu'il chantait en fait en anglais. Pour une prof de FLE je dirais que le fail est entier. Une anecdote qui va clairement m'aider à me retaper mon identité française aussi stable et épanouie que Will Graham dans la série Hannibal – ahrrrh, Hugh Dancy.
Le concert s'est terminé aussi abruptement qu'il avait commencé – moi et mes amies avions débarqué dans la salle toutes confuses et courant vers un possible bon spot quelques minutes après le début du concert. Les lumières se sont rallumées sur la classique version post-concert de moi-même: hystérique à touffasse en mode animal sauvage sorti de sa cage et regard aussi pétillant que hagard, balbutiant de tristes "Hein? Quoi? C'est déjà fini? Mais ça ne fait que deux heures à peine, pourquoi? Reviens! Au secours!". Même des tacos de langue de boeuf ne sont parvenus à calmer cet état lorgnant entre joie rêveuse et refus d'accepter la fin du concert que je m'enquille après chaque bottage de fesse musical.
Vinrent ensuite les habituels messages enflammés aux amis; "MON DIEU JE VIENS DE VOIR JAAR EN CONCERT C’ÉTAIT INCROYABLE JE NE SAVAIS PAS QU'ON POUVAIT FAIRE DES TRUCS AUSSI BIEN EN MUSIQUE ELECTRONIQUE FFBLLBBFFFRRAARRGHHH" puis une curieuse montée d'adrénaline créative et ambitieuse. J'avais délaissé l'écriture ainsi que la majorité de ma part, disons, créative, durant près de deux ans, faute d'inspiration et trop "occupée" à me concentrer sur mes emplois et tenter de me transformer enfin en jeune adulte mature et responsable – laule. Et là boum; en un peu plus d'un mois je me retrouve à avoir écrit des dizaines de pages, pensant jour et nuit à la structure de mes textes. Ajoutez à cela une motivation du feu de Dieu pour reprendre en main quelques projets morts dans l'oeuf depuis un petit moment déjà mais qui me tenaient pourtant à coeur. Que d'émotions, que d'entrain vous dis-je!
Après bon, je ne vous cacherais pas que toute cette belle énergie se trouve également accompagnée d'une cri-crise existentielle assez corsée et d'une angoisse quant à mon futur dont je me passerais bien. Mais que voulez-vous, j'imagine que d'aller applaudir un mec d'à peine mon âge qui a déjà accompli bien plus en 27 ans que je ne saurais en trois vies rend l'exercice du "ne vous comparez pas aux autres" un poil difficile. Pas de grosse surprise cependant, j'ai toujours eu cette tendance à puiser une grande part de mon énergie dans l'euphorie que la musique me provoque, l'angoisse existentielle en contrepartie fait partie du jeu, j'imagine.
En guise de conclusion, je citerai mon doux frère : "C'est bien, c'est bien."
Photo de Célia Simon



J'adore la fin. Bravo!! Grosse gauffre
ReplyDeletePlectrude empâtée
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